« Je ne sais pas encore si tu as quelque chose à regretter. Je ne connais pas toute l’histoire. »

Audrey tendit la main, paume ouverte.

« Mais j’aimerais récupérer la broche. »

Sierra hésita.

Pendant une seconde, Audrey crut qu’elle allait refuser.

Puis la jeune femme porta ses doigts à l’attache et détacha soigneusement le bijou.

Elle le déposa dans la main d’Audrey.

Le métal était froid.

Audrey referma les doigts autour de la broche.

« Merci. »

Sierra inspira difficilement.

« Je sais que ce que je vais dire ne changera rien, mais je ne savais pas que vous aviez fondé l’entreprise ensemble. »

Audrey leva les yeux.

« Tu travailles pour Holloway House depuis deux ans. Comment est-ce possible ? »

Sierra eut un petit rire sans joie.

« Parce que Brett disait que tu avais aidé au lancement, puis que tu avais choisi de te retirer pour t’occuper de votre fils. Il disait que tu préférais la vie privée à la gestion de l’entreprise. »

« Et tu n’as jamais cherché à vérifier ? »

« J’ai vu les documents de l’entreprise. Ton nom n’apparaissait pas sur les présentations internes que nous utilisions. »

« Mais il apparaissait sur les documents originaux. »

Sierra ne répondit pas.

Audrey sentit une colère plus froide remplacer sa douleur.

Brett n’avait pas simplement raconté une version flatteuse de leur histoire.

Il avait construit un système dans lequel cette version était devenue la seule que les autres pouvaient consulter.

« Tu savais pour notre mariage ? » demanda-t-elle.

Sierra hocha la tête.

« Oui. »

« Et tu savais que nous étions toujours mariés ? »

Un silence.

« Oui. »

Audrey ferma les yeux un instant.

Cette fois, elle ne chercha pas à se convaincre que Sierra avait été trompée sur tous les points.

Elle pouvait reconnaître qu’une personne avait été manipulée sans lui accorder automatiquement son pardon.

« Alors nous avons toutes les deux des questions auxquelles Brett devra répondre », dit-elle.

Elle glissa la broche dans son sac.

Sierra la regarda s’éloigner.

Puis elle prononça une phrase qui fit s’arrêter Audrey.

« Il ne voulait pas seulement vous faire disparaître de l’histoire. »

Audrey se retourna lentement.

« Qu’est-ce que cela signifie ? »

Sierra regarda autour d’elle.

« Je ne peux pas vous expliquer ça ici. »

« Pourquoi ? »

« Parce que j’ai signé des documents que je n’aurais jamais dû signer. »

Avant qu’Audrey puisse poser une autre question, un homme en costume sombre s’approcha de Sierra.

Le directeur financier de Holloway House.

Daniel Mercer.

Il travaillait avec Brett depuis presque aussi longtemps qu’Audrey le connaissait. C’était un homme discret, rarement présent sur les photographies, mais dont les décisions déterminaient une grande partie de la vie de l’entreprise.

Il regarda Audrey, puis Sierra.

« Brett vous cherche », dit-il à cette dernière.

Sierra prit son sac.

Mais avant de suivre Daniel, elle glissa discrètement une carte dans la main d’Audrey.

« Demain matin. Ne venez pas au bureau. Appelez-moi. »

Audrey regarda la carte.

Un numéro de téléphone.

Rien d’autre.

Lorsqu’elle releva la tête, Sierra avait déjà disparu derrière les portes de la salle de réception.

Daniel, lui, était resté quelques secondes de plus.

« Madame Holloway », dit-il.

C’était la première fois de la soirée que quelqu’un de la direction l’appelait ainsi sans ajouter immédiatement une remarque sur son mari.

« Daniel. »

Il sembla vouloir dire quelque chose.

Puis il jeta un regard vers le couloir où Brett avait disparu.

« Conservez bien vos documents personnels », murmura-t-il.

Audrey sentit son ventre se nouer.

« Quels documents ? »

Daniel secoua presque imperceptiblement la tête.

« Tous ceux qui concernent les débuts de l’entreprise. Les originaux, surtout. »

Il se détourna avant qu’elle puisse l’interroger davantage.

Audrey resta immobile, la carte de Sierra dans une main et la broche d’Opal dans l’autre.

Pour la première fois, elle ne se demandait plus seulement ce que Brett avait fait à leur mariage.

Elle se demandait ce qu’il avait fait à leur entreprise.


À vingt-trois heures quarante, Audrey rentra chez elle avec Micah.

Le garçon s’était endormi sur la banquette arrière de la voiture, épuisé par la tension de la soirée. Sa veste était froissée et sa cravate avait glissé sur le côté.

Elle le regarda dans le rétroviseur.

Il ressemblait à Brett lorsqu’il dormait.

Cette ressemblance lui avait autrefois apporté du réconfort. Ce soir, elle lui rappelait que son fils pouvait aimer son père sans comprendre tout ce que cet homme était devenu.

Lorsqu’ils arrivèrent à la maison, Audrey le réveilla doucement.

« Nous sommes arrivés, mon cœur. »

Micah ouvrit les yeux.

« Est-ce que papa vient aussi ? »

Elle aurait pu mentir.

Elle aurait pu lui dire que tout irait bien, que son père rentrerait bientôt et que les adultes finiraient par régler leurs problèmes.

Mais Micah avait déjà passé une partie de la soirée à observer les mensonges que les adultes utilisaient pour se protéger.

Il méritait mieux.

« Je ne sais pas encore », répondit-elle.

Il acquiesça.

Puis il lui prit la main.

« Tu sais, je ne voulais pas lui faire de mal. »

Audrey se pencha vers lui.

« Je sais. »

« Je voulais seulement que les gens sachent que tu avais fait tout ça. »

« Je sais aussi. »

Il hésita.

« Quand je serai grand, je ne veux pas devenir quelqu’un qui fait croire aux autres qu’ils n’ont rien fait. »

Audrey sentit sa gorge se serrer.

« Alors souviens-toi de ce que tu as ressenti ce soir. Mais ne laisse pas la colère décider de la personne que tu deviendras. »

Micah réfléchit.

« C’est difficile. »

« Oui. C’est pour ça qu’il faut apprendre tôt. »

Elle le conduisit jusqu’à sa chambre, l’aida à se changer et attendit qu’il se glisse sous les couvertures.

Avant de fermer la porte, il l’appela.

« Maman ? »

« Oui ? »