La réponse de Brett était plus courte.

Je m’en occupe.

Audrey relut ces trois mots.

Je m’en occupe.

Elle avait entendu cette phrase des centaines de fois.

Pour les impôts.

Pour les contrats.

Pour les réunions avec les avocats.

Pour les documents qu’elle n’avait jamais le temps de lire entre deux journées de travail et les nuits passées auprès de leur fils.

Elle avait cru que Brett prenait en charge des tâches qu’elle n’avait plus le temps d’assumer.

Elle n’avait jamais imaginé qu’il puisse utiliser cette confiance pour modifier sa place dans l’entreprise.

Son téléphone vibra.

Un message de Sierra.

Demain, 8 h 30. Café Alder, près de la rivière. Venez seule. J’apporterai les documents que je possède.

Audrey fixa l’écran.

Puis elle regarda la lettre d’Opal.

Pour la première fois de la soirée, elle ne pleurait plus.

Elle avait peur, bien sûr.

Peur de découvrir que son mariage avait été construit sur davantage de mensonges qu’elle ne pouvait en supporter.

Peur que Brett ait transformé leur histoire commune en quelque chose qu’elle ne reconnaîtrait plus.

Mais, sous cette peur, une autre émotion commençait à prendre forme.

La détermination.

Elle rassembla les documents, les plaça dans une chemise et la rangea dans son sac.

Puis elle photographia chaque page, sauvegarda les fichiers sur un support personnel et envoya une copie à une adresse électronique à laquelle Brett n’avait pas accès.

Elle ne savait pas encore ce qu’elle allait découvrir.

Mais elle ne laisserait plus personne décider des preuves qu’elle avait le droit de consulter.


Le lendemain matin, Audrey arriva au café Alder à huit heures vingt-cinq.

La pluie tombait doucement sur Chicago. À travers les grandes fenêtres, elle pouvait apercevoir la rivière, dont la surface grise reflétait les immeubles du quartier financier.

Elle avait dormi moins de trois heures.

Pourtant, elle se sentait étrangement lucide.

Elle avait laissé Micah chez sa tante, prétextant un rendez-vous professionnel. Son fils avait posé des questions, mais il n’avait pas insisté.

Avant de partir, elle lui avait promis de revenir pour le déjeuner.

Cette promesse était devenue son point d’ancrage.

Quoi qu’il arrive, elle ne laisserait pas les affaires de Holloway House dévorer la vie de son enfant.

À huit heures trente, Sierra entra dans le café.

Elle portait un manteau beige et ne semblait pas avoir dormi davantage qu’Audrey.

Elle s’approcha de la table, posa une grande enveloppe devant elle et s’assit.

« Merci d’être venue. »

Audrey ne toucha pas immédiatement l’enveloppe.

« Tu as dit que tu avais signé des documents. »

« Oui. »

« Lesquels ? »

Sierra prit une profonde inspiration.

« Il y a quatre mois, Brett m’a demandé de préparer un dossier pour la prochaine réunion des investisseurs. Il voulait restructurer l’entreprise avant une nouvelle acquisition. Je pensais que tout était légal. »

« Et ensuite ? »

« J’ai découvert plusieurs versions différentes des documents concernant les parts de la société. Dans la version officielle que nous utilisions pour les présentations, tu n’apparaissais plus comme actionnaire active. Mais dans un ancien dossier juridique, ton nom figurait toujours avec quarante-cinq pour cent des parts. »

Audrey sentit son cœur accélérer.

« Qu’as-tu fait ? »

« J’ai demandé des explications à Daniel. Il m’a dit qu’une restructuration avait eu lieu et que les documents devaient être mis à jour. Brett m’a ensuite demandé de signer une attestation confirmant que les nouveaux documents reflétaient les décisions prises par les associés. »

« As-tu signé ? »

Sierra baissa les yeux.

« Oui. »

Audrey retira lentement ses gants.

« En sachant que mon nom avait disparu ? »

« Je pensais que tu avais accepté de céder tes parts. Brett m’a montré un document qui semblait confirmer cette décision. »

« Et tu ne m’as jamais appelée ? »

« Non. »

Sierra ne chercha pas à se défendre.

« J’aurais dû le faire. Je le sais. »

Audrey regarda l’enveloppe.

« Qu’est-ce que tu as apporté ? »

Sierra l’ouvrit.

À l’intérieur se trouvaient des copies de courriels, des tableaux financiers et plusieurs documents portant des signatures.

Audrey parcourut les premières pages.

Son nom apparaissait dans un contrat original.

Puis dans une version ultérieure.

Puis il disparaissait.

À sa place figurait une référence à une opération de transfert de parts réalisée deux ans auparavant.

Audrey lut la date.

Elle se souvenait de cette période.

Elle venait de subir une intervention chirurgicale mineure et travaillait depuis la maison pendant plusieurs semaines. Brett lui avait apporté une pile de documents à signer, expliquant qu’il s’agissait de formalités administratives nécessaires pour renouveler certains contrats.

Elle avait signé plusieurs pages.

Elle ne se souvenait pas d’avoir signé un transfert de parts.

« As-tu l’original de ce document ? » demanda-t-elle.

« Non. Seulement une copie provenant du dossier juridique interne. »

« Qui l’a préparé ? »

« Le cabinet qui s’occupait des affaires de Holloway House. »

« Et la signature ? »

Sierra hésita.

« Je ne peux pas dire si elle est authentique. »

Audrey referma le dossier.

Elle ne voulait pas tirer de conclusions avant d’avoir fait examiner les documents par un avocat indépendant.

Une signature ressemblante ne prouvait pas qu’un document avait été correctement signé. Un transfert de parts pouvait être valable, contestable ou nul selon les circonstances et les règles applicables.

Mais une chose était certaine : elle n’avait jamais consciemment renoncé à sa participation dans l’entreprise.

« Pourquoi me montrer tout cela maintenant ? » demanda-t-elle.

Sierra regarda par la fenêtre.

« Parce que j’ai compris ce que Brett faisait. »

« Tu l’as compris quand ? »

« Hier soir. Quand la vidéo a montré les documents originaux. Il m’avait dit que tu avais volontairement quitté la direction. Mais lorsque j’ai vu ton nom et entendu les applaudissements, j’ai compris que personne ne t’avait réellement demandé ce que tu voulais. »

Elle marqua une pause.

« Et parce que j’ai découvert quelque chose d’autre. »

Audrey sentit son estomac se nouer.