Lorsque Elena était entrée dans sa vie, Vanessa n’avait pas laissé paraître sa déception. Elle avait félicité le couple, embrassé Elena et même offert à la nouvelle mariée une broche ancienne qu’elle prétendait avoir héritée de sa famille.

« Je veux que tu te sentes chez toi ici », avait-elle déclaré.

Elena l’avait remerciée sincèrement.

Vanessa avait souri.

Puis elle avait commencé à préparer son plan.

Au début, il ne s’agissait que de petites choses. Un rendez-vous prétendument oublié. Un message qu’Elena aurait soi-disant envoyé. Une facture placée au mauvais endroit. Une remarque lancée d’un ton si léger que personne ne la prenait pour une attaque.

« Elena est très ambitieuse », avait confié Vanessa à Margaret un après-midi, alors qu’elles prenaient le thé. « Ce n’est pas forcément un défaut. Mais parfois, je me demande si elle comprend vraiment Daniel. »

Margaret avait froncé les sourcils.

« Pourquoi ne le comprendrait-elle pas ? »

« Oh, je me fais probablement des idées. » Vanessa avait souri d’un air contrit. « Tu me connais, je m’inquiète trop. »

Quelques semaines plus tard, elle avait raconté à Claire qu’Elena se plaignait prétendument de l’argent que Daniel consacrait aux œuvres caritatives.

« Je ne veux pas dire du mal d’elle », avait-elle expliqué. « Mais elle m’a demandé pourquoi Daniel donnait autant d’argent alors qu’il avait une famille à entretenir. »

Claire avait été surprise.

« Cela ne ressemble pas à Elena. »

« Bien sûr que non. J’ai peut-être mal compris. »

Vanessa avait baissé les yeux, laissant derrière elle un doute que les autres allaient entretenir dans leur propre esprit.

C’était ainsi qu’elle procédait. Elle ne formulait jamais directement une accusation qui aurait pu être immédiatement vérifiée. Elle racontait plutôt des demi-vérités, des histoires incomplètes que les autres transformaient eux-mêmes en soupçons.

Lorsque Elena était tombée enceinte, tout semblait d’abord s’améliorer.

Daniel avait été fou de joie. Il accompagnait sa femme à ses rendez-vous médicaux, lisait des livres sur le développement du bébé et posait parfois des questions qui faisaient sourire les médecins. Il commença à rentrer plus tôt. Dans son bureau, il aménagea un petit coin rempli de livres et de jouets, bien qu’Elena lui rappelât que leur enfant ne pourrait pas les utiliser avant plusieurs mois.

« Il faut être prêt », expliquait-il.

« Tu as acheté trois guides différents sur les poussettes. »

« Ils se contredisent. »

« Ce sont des poussettes, Daniel, pas des accords commerciaux internationaux. »

Il riait avant de la prendre dans ses bras.

Pour Elena, cette période était remplie d’une joie profonde et paisible. Elle savait que la naissance transformerait sa vie. Certaines choses l’effrayaient, d’autres la réjouissaient, et elle essayait de savourer chaque journée.

Vanessa, elle, voyait dans cette grossesse une menace nouvelle.

Tant qu’Elena n’était que l’épouse de Daniel, Vanessa pouvait encore tenter de dresser la famille contre elle. Mais si Elena devenait mère, sa place au sein des Howard deviendrait encore plus solide. L’enfant ne serait pas seulement l’héritier de Daniel. Il représenterait aussi le lien indissoluble entre lui et Elena.

Vanessa ne pouvait pas le supporter.

Elle avait pensé qu’il suffirait de faire passer Elena pour une épouse indigne. Mais Daniel défendait systématiquement sa femme chaque fois que Vanessa tentait de remettre leur relation en question.

« Je ne veux pas que tu juges Elena sans même lui avoir posé la question », lui avait-il dit un soir, après que Vanessa eut affirmé qu’Elena s’était plainte de Margaret.

« Je m’inquiète pour toi », avait-elle répondu.

« Alors fais-moi confiance. »

Cette conversation avait été brève, mais Vanessa l’avait vécue comme une humiliation. Depuis des années, elle s’était persuadée que sa proximité avec la famille lui donnait un droit particulier sur la vie de Daniel. Désormais, une femme qu’elle connaissait depuis peu semblait décider de la place qu’elle pouvait occuper dans cette maison.

Elle changea de stratégie.

Au lieu de se contenter de dénigrer Elena, elle voulut fabriquer des preuves.

Pour cela, elle devait accéder à certains documents confidentiels, à des informations financières et à des dossiers de l’entreprise. Elle devait faire en sorte que les traces désignent Elena sans que son propre nom apparaisse.

Et elle avait besoin d’un complice.

Elle le trouva en Richard Bell, un conseiller financier qui travaillait avec l’entreprise des Howard depuis plusieurs années. Richard n’était pas particulièrement intelligent, mais il était cupide. Il avait accumulé des dettes dont personne, dans l’entreprise, ne connaissait l’existence. Vanessa savait exactement quelles questions poser pour le rendre nerveux.

Elle l’invita dans un petit restaurant à l’extérieur de la ville et lui expliqua qu’elle détenait des informations sur des irrégularités financières au sein de l’entreprise de Daniel.

« Si les bonnes personnes en entendent parler, cela pourrait devenir très désagréable », déclara-t-elle.

Richard posa sa fourchette.

« Qu’attendez-vous de moi exactement ? »

« Quelques documents. Et une petite correction dans certaines écritures comptables. »

Il la fixa.

« C’est de la fraude. »

Vanessa sourit comme s’il venait de dire quelque chose de ridicule.

« Il s’agit d’un déplacement temporaire. Si tout se passe comme prévu, personne ne subira de préjudice. »

« Et si cela ne fonctionne pas ? »

« Alors quelqu’un devra assumer la responsabilité. »

Richard comprit immédiatement ce qu’elle voulait dire. Vanessa avait déjà fait en sorte que plusieurs documents portent la signature d’Elena. Cette signature était fausse, mais elle ressemblait suffisamment à l’original pour paraître crédible au premier regard.

Richard hésita.

Vanessa se pencha vers lui.

« Vous avez une famille, Richard. Une maison. Des obligations. Je peux vous aider à résoudre vos problèmes. Mais je peux aussi faire en sorte que Daniel découvre à quel point ses collaborateurs sont peu fiables. »

Elle n’avait même pas besoin de le menacer ouvertement. L’expression de Richard lui indiqua qu’il avait compris.

Au cours des semaines suivantes, de petites sommes disparurent d’un compte destiné à l’achat d’équipements médicaux. Les opérations furent modifiées de façon à laisser croire qu’Elena avait autorisé les paiements. Dans le même temps, des courriels apparurent, dans lesquels elle aurait prétendument discuté de dépenses personnelles financées par l’entreprise.