« Tu ne pouvais pas savoir ce qu’elle allait faire. »

« Peut-être. Mais j’aurais dû mieux écouter ce que tu me disais. »

Elena voulut répondre, mais elle était épuisée. Elle referma les yeux tandis que Daniel restait assis près d’elle.

Après un moment, il demanda doucement :

« As-tu des preuves ? »

Elena rouvrit les yeux.

« Plus que Vanessa ne le pense. »

Elle lui expliqua qu’au cours des dernières semaines, elle n’avait pas seulement rassemblé des documents concernant les opérations financières suspectes. Après une nouvelle menace de Vanessa, elle avait également commencé à consigner les événements et à conserver les messages pertinents, dans le respect des conseils de la police. Elle avait noté les heures, gardé les communications et informé les enquêteurs de ses inquiétudes.

« L’inspecteur Ruiz sait que Vanessa essaie de me faire peur », expliqua-t-elle. « Il m’a demandé de ne pas manipuler les preuves et de ne pas mener d’investigations privées auxquelles je n’ai pas le droit de procéder. J’ai suivi ses instructions. »

Daniel l’écouta en silence.

« Que s’est-il passé exactement avant ta chute ? »

Elena lui raconta la conversation dans le jardin d’hiver, les documents que Vanessa avait apportés et les menaces qu’elle avait proférées dans l’escalier. Elle décrivit la poussée aussi précisément que possible. Elle ne cacha pas qu’elle avait tendu les bras pour essayer de maintenir une certaine distance.

« J’ai essayé de l’arrêter », dit-elle. « Mais je ne l’ai pas attaquée. »

Daniel acquiesça lentement.

« Je vais le dire à la police. »

« Pas pour la punir parce que tu es en colère », répondit Elena. « Mais pour qu’ils puissent établir ce qui s’est réellement passé. »

Daniel la regarda longuement.

« Je te le promets. »

À cet instant, on frappa à la porte.

L’inspecteur Mateo Ruiz entra. Il portait un manteau sombre sur une chemise simple et une cravate. Son visage était sérieux, mais sa voix demeurait calme.

« Madame Howard. Monsieur Howard. »

Daniel se leva.

« Où en est l’enquête ? »

« Nous avons envoyé une patrouille à la propriété », répondit Ruiz. « Nous allons examiner cet incident de manière indépendante. Madame Howard, si vous vous sentez suffisamment bien, j’aimerais vous poser quelques questions. Sinon, nous pourrons attendre. »

Elena acquiesça.

« Je peux parler. »

Ruiz tira une chaise près du lit, en prenant soin de ne pas trop s’approcher.

« Vous m’avez dit au téléphone que Vanessa Whitmore vous avait poussée. »

« Oui. »

« Pouvez-vous me décrire ce qui s’est passé immédiatement avant la chute ? »

Elena raconta les événements depuis le début. Ruiz ne l’interrompait que lorsqu’il avait besoin de préciser une heure ou un geste. Il lui demanda où se trouvaient Margaret et Claire, si quelqu’un avait vu toute la dispute et si des caméras étaient installées dans la maison.

À cette dernière question, Daniel releva la tête.

« Il y a une caméra de surveillance dans le hall d’entrée. Elle filme la porte principale et une partie de l’escalier. »

Ruiz prit des notes.

« Qui a accès aux enregistrements ? »

« Le service de sécurité. Je veillerai à ce que personne ne supprime quoi que ce soit. »

« Ne modifiez aucun fichier. Nous contacterons les personnes compétentes afin de préserver les images et de les recueillir correctement. »

Elena acquiesça.

« Il y a autre chose », ajouta-t-elle.

Ruiz attendit.

« Depuis des mois, Vanessa essaie de me faire passer pour une fraudeuse. Elle a utilisé de faux documents pour m’associer à des mouvements d’argent suspects. Je vous ai déjà remis plusieurs pièces. »

« Je m’en souviens. »

« Je pense que la chute est liée à cette affaire. Elle savait aujourd’hui que j’avais parlé avec vous. »

Ruiz prit de nouvelles notes.

« Nous allons consigner les événements séparément et déterminer s’ils sont liés. Il est important de ne pas tirer de conclusion trop rapidement. Mais votre déclaration et les documents déjà recueillis nous donnent des pistes concrètes. »

Daniel se tenait à côté du lit, les mains serrées.

« Que va-t-il se passer maintenant ? »

« Nous allons préserver le lieu, recueillir les enregistrements, interroger les témoins et examiner les preuves disponibles. Si les éléments justifient des poursuites, les démarches juridiques nécessaires seront engagées. Personne ne sera condamné sur la base d’une simple supposition, mais personne ne sera protégé simplement parce qu’il appartient à une famille influente. »

Daniel regarda l’inspecteur.

« C’est exactement ce que j’attends. »

Ruiz se tourna de nouveau vers Elena.

« Une dernière question pour aujourd’hui. Après la chute, avez-vous entendu ou vu quelque chose qui pourrait être important pour l’enquête ? »

Elena pensa à la voix de Vanessa, à ses fausses larmes et aux mots qu’elle avait utilisés pour dresser la famille contre elle.

« Elle a dit que j’avais détruit cette famille. Elle a prétendu que j’avais épousé Daniel uniquement pour son argent. Elle a essayé de convaincre tout le monde que je l’avais attaquée. »

Ruiz acquiesça.

« Nous allons consigner ces déclarations. »

Lorsqu’il se leva, Elena l’arrêta une dernière fois.

« Inspecteur ? »

« Oui ? »

« Je ne veux pas que quelqu’un déforme la vérité simplement parce que je suis blessée et que je n’ai pas pu expliquer immédiatement ce qui s’était passé. »

Ruiz la regarda calmement.

« Ce n’est pas à vous de porter cette responsabilité, madame Howard. Vous devez vous rétablir. Nous nous occuperons de préserver les preuves. »

Pour la première fois depuis sa chute, Elena sentit ses épaules se détendre légèrement.

La vérité n’avait pas encore été entièrement révélée.

Mais elle n’était plus seule.


Pendant qu’Elena était surveillée à l’hôpital, la police retourna à la demeure des Howard. Deux agents sécurisèrent le hall et demandèrent aux personnes présentes de rester disponibles pour des entretiens séparés. Un autre enquêteur prit contact avec le service de sécurité afin de préserver les images de surveillance.